36. Blessure
Mon enfant, ma blanche douceur,
Je te quitte ce soir comme à l'accoutumée…
– Ah ! ne devine pas encore, bien aimée,
Quel adieu sanglotant ce soir est dans mon cœur,
Quelle porte s'est refermée !
Trop de passés sont entre nous
Et ton âme jamais n'épousera la mienne.
Puisqu'il ne se peut pas que rien ne nous souvienne,
Désunissons nos bras enlacés à nos cous,
Retourne à ton amour ancienne.
Le souvenir est plus que moi…
– Debout, je piétinais ma grande lassitude
Pour suivre ta beauté passante au regard froid.
Mais voici : je reprends, ce soir, ma solitude,
La route de ma solitude.
Tu n'étais pas pour moi… Jamais
Je ne romprai le sceau de songe et de silence
Qui fermera ma bouche à l'amour, désormais,
Car je ne retrouverai l'horreur et l'opulence
De l'autrefois sans espérance.
Souris en me quittant, ce soir,
Et donne-moi tes mains, et donne-moi ta bouche.
– Mais que ton tendre corps doucement se recouche,
Toi qui ne peux sentir, squelette dans le noir,
Quelle mort se penche et te touche.
Source: Lucie Delarue-Mardrus, Nos secrètes amours. Ed. Mirande Lucien. EROSONYX, 2008.